Chez les cadres, la déconnexion est aussi une prise de conscience

Publié le 05/11/2014 à 10H50
Xavier, cadre et consultant informatique, travaille depuis trois ans dans une entreprise de 35 salariés. Dans un secteur très exposé aux risques psychosociaux, ce délégué du personnel CFDT reste vigilant sur la question de la deconnexion.

Tu es cadre dans une SSII* de 35 personnes, quels sont les facteurs de risques psychosociaux propres à ta corporation ?

C’est une corporation très exposée aux risques psychosociaux pour deux raisons majeures : la rotation des effectifs et la pression sur les résultats. La durée moyenne de la mission pour un consultant dans une SSII est de trois ans. Sa fonction suppose qu’il réponde à un besoin précis, « une urgence » pour le client. Dès les premières semaines, il doit s’approprier le contexte du projet, les spécificités du métier et les technologies. Tout ceci en produisant de la valeur. Souvent les fondateurs des SSII sont eux-mêmes d’anciens managers formés dans les grandes entreprises telles que Atos ou Capgemini, qui choisissent de créer leur propre structure dans un marché de niche pour la revendre ensuite. Cela implique une politique de gestion dans un contexte de fusions-acquisitions où les salariés subissent les réorganisations.

La CFDT a signé un avenant relatif à l’accord sur l’aménagement du temps de travail afin de mieux encadrer le forfait jour, y avait-il des dérives ?

C’est une des corporations où le collège cadres est le plus important. Dans mon entreprise, nous sommes tous au forfait jour par exemple. Personnellement, il m’est arrivé de travailler vingt-trois heures d’affilée chez un client qui changeait de système d’information dans le cadre d’une organisation du travail en trois-huit. Les rythmes soutenus sont une contrainte supplémentaire à l’équilibre entre vies professionnelle et personnelle. Avec cet accord, le salarié a une obligation de récupération d’au moins onze heures consécutives entre deux journées de travail. C’est une véritable avancée. Dans mon secteur, certains cadres travaillant dans l’exploitation informatique ne déconnectent jamais complètement avec les smartphones, tablettes et ordinateurs portables. Un état de fait généré par le sentiment de « s’imaginer indispensable à l’entreprise ». C’est un leurre. Si l’on est malade deux jours, la terre ne s’arrête pas de tourner… La déconnexion passe forcément par une prise de conscience individuelle.

Comment mets-tu en œuvre ta fonction de délégué du personnel dans ton entreprise ?

J’évolue dans une corporation qui a très peu de culture syndicale… La notion de collectif est quasiment inexistante du fait de notre détachement chez des clients distincts. Nous avons parfois davantage la culture de notre client que celle de notre employeur. Récemment, j’ai transmis à mes collègues un questionnaire avec dix axes d’amélioration prioritaires et l’ensemble d’entre eux m’a répondu. Soixante-quinze pour cent de ces réponses indiquait une lacune managériale, ce que la direction a finalement reconnu. Ainsi ma fonction est plus légitime à présent pour engager un dialogue social avec mon employeur. Par exemple j’ai réussi à mettre en place un repas de fin d’année, pour rassembler les salariés de manière conviviale et développer une culture d’entreprise. La régularité des réunions avec les délégués du personnel est également un prérequis indispensable à ce dialogue social.

*SSII : société de services en ingénierie informatique.

Un suivi de la charge de travail et des amplitudes de journée de travail doit être réalisé régulièrement : le salarié(e) informe son responsable hiérarchique des événements qui augmentent de façon anormale sa charge de travail. Il peut également formuler par écrit une alerte à son employeur, de façon à être reçu sous huit jours.

 

Xavier, cadre dans une SSII © DR / Infocom CFDT