Souffrance au travail : ce n'est pas une fatalité

Publié le 29/01/2015 à 12H29
Anna a intégré le marché du travail par la petite porte, en tant que maîtresse de maison dans un foyer d’hébergement, grâce à sa qualification d’assistante de vie – son diplôme d’éducateur spécialisé en poche. Sept ans plus tard, éducatrice et déléguée du personnel CFDT, elle évoque son parcours et la question de la souffrance au travail.

Comment envisager une évolution de carrière dans une structure familiale de quinze personnes ?

À l’époque où j’ai été embauchée, il y avait un poste de maîtresse de maison [intendante] auquel j’ai eu accès grâce à ma qualification d’assistante de vie. En réalité, dans une petite structure associative, c’est très compliqué d’évoluer…
On n’envoie jamais plus d’un(e) salarié(e) en formation professionnelle car il faut pouvoir le remplacer. Pour un éducateur spécialisé, la seule perspective  d’évolution est de devenir chef de service éducatif avec fonction de directeur.

Souffrance au travail et non-dits, comment les identifier ?

C’est une contamination qui venait de la direction : absence de cadre, management à l’affectif, manquements récurrents à la législation du travail, organisation de réunions menant à des règlements de comptes.… Le climat social s’est détérioré, l’air est devenu irrespirable. Pourtant l’un des avantages qu’il y a à travailler au sein d’une équipe réduite est que les contacts sont plus simples, plus directs. On sait qu’il y aura toujours un collègue à qui se confier. Mais finalement les non-dits ont pris toute la place. Une bonne partie du personnel a fini par se retrouver en souffrance psychologique…

Outre les problèmes liés à la direction, il y a la loi, parfois inadaptée. Dans notre secteur d’activité, la législation requiert d’adapter les textes. Par exemple, la loi des 35 heures impose des veilleurs de nuit. Mettre cette mesure en application nous obligerait à sacrifier un poste d’éducateur…

Quelles ont été tes motivations pour devenir déléguée du personnel CFDT ?

Il y avait tant de dysfonctionnements… À un moment, je me suis sentie légitime, de par mon expérience, de représenter mes collègues auprès de ma hiérarchie. Nous savions qu’en engageant des procédures nous risquions de voir faire fermer notre établissement. Mais il était nécessaire que les employés s’expriment librement sur les manquements de l’application du droit du travail. En effet, notre convention collective n’était que partiellement respectée. J’ai pensé aux assistantes maternelles qui ont mis des années à s’organiser en réseau, en imaginant des leviers pour faire de même.

Aujourd’hui, notre directrice a démissionné grâce à l’intervention de l’Inspection du travail que j’ai alertée. C’est la seule instance extérieure qui a pu exercer son droit de regard sur le fonctionnement de la structure ces dernières années. Nous espérons qu’une nouvelle direction qualifiée prendra le relais en posant un cadre légal. Lorsque l’équipe se sent libre d’être ce qu’elle est, le travail peut enfin commencer.



©DR/Infocom CFDT